Corne Keyboard — Clavier mécanique custom
Construction complète d'un clavier split 42 touches : soudage, assemblage et programmation du firmware QMK en C
Technologies
Pourquoi construire son propre clavier
On passe des milliers d’heures par an les mains sur un clavier, mais on ne questionne jamais vraiment cet outil. Les claviers standards sont un héritage direct des machines à écrire des années 1870. Même disposition, mêmes contraintes, zéro évolution ergonomique. Après des douleurs aux poignets et une curiosité grandissante pour le mouvement DIY mécanique, j’ai décidé de construire le mien de zéro. Pas acheter un clavier gaming RGB, vraiment construire : souder chaque composant, programmer chaque touche, comprendre chaque couche du système.
Pourquoi le Corne Keyboard
Le Corne (CRKBD) est un clavier split ergonomique de 42 touches, basé sur le PCB Aurora Corne de splitkb.com.
Le truc qui m’a convaincu tout de suite, c’est la disposition ortholinéaire. Sur un clavier classique, les rangées sont décalées les unes par rapport aux autres, encore un vestige des machines à écrire où c’était nécessaire pour que les tiges mécaniques ne se chevauchent pas. Sur le Corne, les colonnes sont droites. Pour accéder à la rangée du haut, il suffit de monter le doigt. C’est logique, c’est naturel, et on se demande pourquoi tous les claviers ne sont pas comme ça.
Ensuite, l’ergonomie va plus loin que juste l’alignement des colonnes. Chaque colonne est décalée en hauteur pour suivre la longueur naturelle des doigts : la colonne de l’index est plus basse que celle du majeur, qui est plus haute que l’annulaire. Les mains se posent dessus sans effort, sans tordre les poignets. Et comme le clavier est split, on peut écarter les deux moitiés à largeur d’épaules au lieu de tout comprimer vers le centre.
Le clavier est aussi 100% programmable grâce au firmware QMK. Chaque touche fait exactement ce qu’on veut, avec autant de layers qu’on souhaite. Et si un switch commence à fatiguer ou qu’on veut changer la sensation de frappe, il suffit de le retirer et d’en clipser un nouveau grâce au montage hotswap. Pas de dessoudage, pas de prise de tête.
Les composants
Construire un clavier custom, c’est d’abord sourcer les pièces une par une. Pas de kit tout-en-un ici :
| Composant | Détail |
|---|---|
| PCB | Aurora Corne v2 (splitkb.com) |
| Microcontrôleur | Pro Micro RP2040 (× 2) |
| Diodes | SMD 1N4148W (× 42) |
| Hotswap sockets | Kailh (× 42) |
| Switches | Au choix, montage hotswap |
| Keycaps | Profil Cherry, PBT |
| Câble TRRS | Connexion entre les deux moitiés |
| Câble USB-C | Connexion au PC |

Le soudage
C’est la partie qui fait le plus peur au début, et celle qui donne le plus de satisfaction une fois terminée. Les diodes SMD sont minuscules, à peine 2 mm, et chacune doit être orientée dans le bon sens sous peine de rendre une touche muette.
Pour chaque moitié du clavier, il faut souder 21 diodes SMD au fer fin avec du flux (la loupe est indispensable), puis les hotswap sockets en les plaquant bien contre le PCB pendant la chauffe, et enfin le microcontrôleur Pro Micro RP2040 via ses headers.
Le flux, c’est vraiment le truc qu’on sous-estime quand on débute. Sans lui, la soudure fait des boules et refuse de couler proprement. L’autre leçon que j’ai apprise assez vite : vérifier chaque soudure au multimètre avant de passer à la suite. Débugger un clavier entièrement assemblé est beaucoup plus pénible que de tester au fur et à mesure.
La programmation QMK en C
QMK est le firmware open-source standard pour les claviers custom. On écrit sa configuration en C, on compile en fichier UF2, et on flash sur le RP2040 par simple glisser-déposer (le microcontrôleur apparaît comme une clé USB en mode bootloader).
Comment écrire avec seulement 42 touches ?
C’est la question que tout le monde pose. La réponse : les layers, exactement comme sur un téléphone. Quand on tape “é” sur un smartphone, on maintient “e”. Même principe ici, mais avec des touches dédiées pour changer de couche.
Layer 0 c’est les lettres, la disposition classique (AZERTY dans mon cas). C’est la couche par défaut, celle qu’on utilise 90% du temps.
Layer 1 contient les symboles et les chiffres. On l’active en maintenant une touche pouce, et on accède à tous les chiffres, les symboles de programmation ({}, [], =>, &&), et les caractères accentués. Indispensable pour coder.
Layer 2 c’est la navigation et le média : flèches directionnelles, volume, luminosité, contrôle média. Plus besoin de lever la main pour chercher une touche perdue en haut à droite du clavier.

Résultat final et retour d’expérience
Après un week-end de soudage et quelques soirées de configuration QMK, le clavier est fonctionnel. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant à taper sur un outil qu’on a construit soi-même, touche par touche.

La courbe d’apprentissage est réelle. Les premiers jours, on cherche ses repères, on active le mauvais layer, on tape des symboles au lieu des lettres. Au bout d’une semaine, la mémoire musculaire prend le relais. Au bout d’un mois, revenir sur un clavier standard donne une sensation étrange, trop de touches inutiles et les mains trop rapprochées.
Au-delà du clavier lui-même, ce projet m’a beaucoup appris. J’ai touché au design de PCB en étudiant les schémas de l’Aurora Corne pour comprendre le routage des matrices de touches et le rôle des diodes anti-ghosting. J’ai fait de la programmation embarquée en C, du code qui tourne directement sur un microcontrôleur sans OS. Et j’ai aussi exploré la programmation d’écrans LCD et d’animations pour les petits écrans OLED intégrés au clavier, ce qui m’a amené dans un domaine que je n’avais jamais touché avant. Au final, ce qui devait être un projet de clavier est devenu une porte d’entrée vers les systèmes embarqués.